L’orthographe et l’école, une affaire politique
mars 2025

L’orthographe est un sujet increvable pour tous les pouvoirs nationaux patriotiques, et ce depuis toujours.
En octobre 2023, Abayattal au pays de l’orthographe analysait les propos démagogiques d’Abayattal éphémère ministre de l’Éducation Nationale. Vide de toute connaissance en matière éducative et d’enseignement, il reprenait des thèmes accrocheurs susceptibles de faire parler de lui. Un des premiers fut l’orthographe : les petits français ne savent plus écrire, la patrie est en danger, Abayattal sortait le martinet et hurlait des banalités.
L’orthographe est un sujet increvable pour tous les pouvoirs nationaux patriotiques, et ce depuis toujours. Dans les discours ministériels et inspectoriaux, l’orthographe repose sur la figure de la répétition :
« Dans l’idéologie, la structure annule l’histoire : le discours est transhistorique au sens où il est la pure réitération adaptative d’un schéma ancestral qui a souvent intérêt à se faire oublier en tant que tel pour se rejouer sans fin comme une nouveauté » [1]
Pour mettre à nu ce schème idéologique, nous invitons lecteurs et lectrices à lire une fiction où sont convoqués trois protagonistes :
● Ogadep est le pédagogue lambda, armé de son bon sens bien sûr apolitique et qui est lassé des explications orthographiques vaines auprès de ses élèves.
● Bunort est la figure d’un vrai réformateur de l’orthographe, à l’image de Ferdinand Brunot [2] et de plusieurs linguistes du début du vingtième siècle. Bunort défend l’idée d’un enseignement du français débarrassé du dogmatisme de la politique de la langue qui régit l’enseignement scolaire.
● Sergueï exprime, lui, le point de vue révolutionnaire, qui pousse la critique technique de l’orthographe vers une critique politique. Pour Sergueï, le signe verbal est politique et l’enseignement est confronté, sciemment ou non, à cette réalité. Dire que la question de l’orthographe est un enjeu démocratique, c’est noyer le poisson, car l’orthographe est d’abord un enjeu politique.
Le dialogue fictif révèle, mieux que ne le ferait la juxtaposition des thèses, les lignes de fracture argumentative. Surtout, il laisse aux lecteurs et lectrices, le soin de peser les arguments pour élaborer leur jugement. Enfin, il rend à la langue ce que la norme orthographique lui enlève : sa nature dialogique. Car, de fait, nos paroles, sont traversées par les discours d’autrui.
Pour situer l’histoire, précisons que les protagonistes se trouvent quai de Conti, au siège de l’Académie française, le 17 janvier 1991. Ce 17 janvier, une force multinationale pro-impérialiste intervient contre l’Irak pour s’affirmer après la déroute du pouvoir bureaucratique, dit communiste, à la tête des capitalismes d’États de Russie et de l’Est européen.
À l’Académie française on débat de la réforme de l’orthographe paru le 6/12/1990 au Journal Officiel de la République Française. Cette réforme, vraiment minime, est toujours en place en 2024 avec un impact à son image : minime. Quant aux quarante bicornus d’académiciens ils se délectent d’une guerre chirurgicale (ainsi les médias nommaient-ils alors les frappes massives contre le peuple irakien), une guerre picrocholinesque pour freiner l’État dangereusement réformateur…
Par un enregistrement pirate oublié sous les poussières du décor nos trois protagonistes ont eu accès aux propos des empoussiérés...
Ogadep : Je maintiens que le 17 janvier 1991 est un grand jour pour les réformateurs de l’orthographe. L’Académie française elle-même recommande des changements dans nos habitudes d’orthographier.
Sergueï : dans la guerre de l’orthographe de janvier, les immortels servaient de dérivatif volontaire au réel menaçant, à la vie en devenir de mort. Leur guerre me lasse tant elle couvrait une condamnation à morts composées. Tes juristes séniles ont oublié leur jurisme pour se traîner au garde-à-vous de l’impérialisme occidental mobilisé pour maintenir sa mainmise sur les affaires pétrolières du Golfe.
Ogadep : Et si, au contraire, les circonstances ne faisaient que recouvrir le danger que la réforme arrachée passe inaperçue, étouffée par le nouvel ordre mondial en marche ? Ce ne serait pas la première fois qu’une réforme de l’orthographe resterait lettre morte.
Bunort : En trois mots, c’est quoi la réforme de 1991 ? La suppression de l’accent circonflexe sur i et u, excepté dans les conjugaisons et dans les mots où il marque une différence de sens (sûr et sur…) ; la soudure des mots composés, sauf ceux contenant une préposition (chaussetrappe, brisetout, pingpong…) ; les mots composés prendront un s au pluriel comme les autres mots ; alignement de la conjugaison des verbes en -eler, -eter, sur le modèle de peler ou acheter ; invariabilité du participe passé de laisser + infinitif (elle s’est laissé mourir…).
Sergueï : Et les verbes pronominaux ?
Bunort : Non, la réforme ne touche qu’à laisser + infinitif. Elle francise l’orthographe des mots empruntés à des langues étrangères, aligne leur pluriel sur celui des mots français ; elle harmonise des graphies (charriot comme charrue avec deux -r-) mais pas beaucoup (chatte mais rate, colline mais bolide…) ; enfin elle aligne l’orthographe sur la prononciation dans prunelier, dentelière, lunetier, etc., mais aussi pour abrègement, allègrement, crèmerie, crènelure…
Ogadep : C’est une bonne réforme, pas assez systématique peut-être, mais elle va dans le bon sens et surtout elle va permettre d’aller plus loin.
Sergueï : À chaque réformette, on annonce que c’est le début du toilettage complet, ça dure depuis un bout de temps. La réforme de l’orthographe, c’est une voiture qui démarre tout le temps sans jamais se mettre en route.
Bunort : En fait, la réforme d’aujourd’hui reprend les grands axes des réformes intermédiaires proposées durant le vingtième siècle sans vraiment réussir sur tous ces axes. Par exemple, le remplacement de l’x final par s n’a pas été retenu. La réforme des consonnes doubles est en bonne partie en attente ; les anomalies résistent par pans entiers ; on a quand même une réforme partielle mais très substantielle des accents ; la réforme de l’orthographe de règle, en revanche, reste très limitée.
Ogadep : Oui, c’est une réforme qui en appelle d’autres. Elle ne touche peut-être que 5% des mots. L’important, c’est de débloquer une situation coincée depuis des lustres …
Bunort :… depuis 1835 très exactement, date à laquelle la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française entérina la graphie ai à la place de oi : Je voulois devient alors je voulais. Et puis quelques autres modifications.
Ogadep : C’est ça. La réforme de 1991 s’appuie sur les trois critères énoncés par Nina Catach [3] : l’efficacité (ce qui est réformé l’est de manière systématique), la modération (pour éviter de s’attirer les foudres de l’Académie) et la simplicité (les pédagogues apprécieront).
Bunort : Simplicité modérée, quand même. Par exemple, quand on ramène les terminaisons des mots en -olle à -ole (rousserole, lignerole, bouterole, trole, guibole…) sur le modèle de bestiole, on s’ingénie à maintenir trois exceptions : molle, colle, folle.
Ogadep : Oui, parce qu’elles sont bien ancrées
Bunort : Peut-être, mais on ruine l’effort de systématisation. Pareillement, les verbes appeler et jeter, pour les mêmes raisons, Ogadep, font exception par leur conjugaison qui demeure (j’appelle, je jette) à l’inverse des autres verbes (j’époussète, j’étiquète, etc.). Je crois aussi que maintenir sûr avec circonflexe mais modifier les dérivés (sureté) ou conserver croître mais écrire accroitre, ce n’est pas vraiment une simplification, et sûrement pas une simplification systématique... En refusant de souder des noms composés comme *priedieu qui reste prie-Dieu, comme trompelamort qui reste trompe-la-mort, on tombe sous le coup des arguments évoqués pour régulariser le pluriel des noms composés, puisque dans ce cas-là on continuera à écrire des trompe-la-mort, des prie-Dieu, dans le premier cas parce que mort est précédé de l’article la et dans le second cas parce que Dieu est un nom propre. Curieux arguments, n’est-ce pas, puisque l’un et l’autre sont bien des substantifs. La modération prônée par Nina Catach est ici fautive…
Ogadep : N’oublie jamais que ce sont des recommandations que l’Académie « se réserve de confirmer ou d’infirmer » en fonction de ce que l’usage retiendra. L’enseignant, par exemple, acceptera l’orthographe ancienne comme la nouvelle. Entre nous, d’ailleurs, le ministre de l’Éducation Nationale, dans le Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale du 20 février 1975, demandait que l’arrêté du 26 janvier 1901 soit enfin mis en application : dans combien d’examens et concours les correcteurs et correctrices en ont-ils tenu compte ?
Sergueï : Le connaissent-ils seulement ? Ou bien ils s’autoamnistiaient leur intolérance. Agents zélés du pouvoir normatif, ils érigeaient leur fraude en probité orthographique.
Ogadep : Modifié à la baisse en 1977, cet arrêté recouvrait un champ plus large de tolérance que la réforme d’aujourd’hui ; mais peu importe… De toute façon, on ne peut être pour une démocratisation de l’enseignement et refuser d’amoindrir (plus tard d’anéantir) le rôle ségrégatif que l’orthographe joue encore dans le système scolaire
Bunort : Mais c’est tout de même agaçant de voir cette question livrée aux borborygmes des académiciens. Ces vieillards perpétuels se réservent d’annuler des modifications. Quel toupet ! Ils trépignent pour garder leurs prérogatives. Il suffit de lire leur texte de ce jour 17 janvier 1991 : « Il y a davantage à ce que lesdites recommandations ne soient pas mises en application par voie impérative et notamment par circulaire ministérielle ». Et ce qui m’est insupportable, c’est de voir les partisans de la réforme s’agenouiller devant ces fétichistes de l’anomalie.
Ogadep : C’est faux, puisque l’Académie s’est rendue à leurs propositions.
Bunort : Lis donc l’excellent Guide pratique de Michel Masson [4], qui reconnaît que le problème de l’orthographe n’est pas réglé par la réforme. Il écrit : « Dans ce domaine, l’avenir appartient aux immortels ».
Ogadep : Et il ajoute : « Et à nous tous, francophones ».
Bunort : Oui, mais il lui tire son chapeau parce que, après un coma d’un siècle, la « Belle au bois dormant s’est réveillée » en « tenant compte de l’usage » ! Tu peux y voir de l’ironie, je crois surtout que c’est du cirage de pompes. Il dit encore que c’est à l’Académie de gérer notre écriture : « Les académiciens doivent s’y consacrer pour notre bien. On croit rêver et il en rajoute : « Personne n’a intérêt à ce que meure l’Académie… » [5] !
Sergueï : Moi je ne vois aucun intérêt à ce qu’elle vive, strictement aucun.
Bunort : Eh bien, ce n’est pas ce qu’il dit. Écoute ça : « On ne sacrifie pas de gaieté de cœur un monument si vénérable » [6]. Ça devient de la bassesse, ce qui étonne dans un livre par ailleurs si intelligent et alerte.
Sergueï : C’est tout simplement du conservatisme institutionnel qui accepte une brindille de réforme.
Ogadep : De toute façon, l’orthographe, notamment depuis l’invention de l’imprimerie, tend nécessairement au conservatisme parce qu’elle est condamnée à être toujours en retard sur la prononciation ; c’est un inventaire de règles et un corps de normes, ce qui ne veut pas dire qu’elle est politique.
Bunort : Oui, c’est ce qui se dit chez les opposants de la réforme où on trouve Mermaz, Cavanna, Madame Mitterrand, Renaud… Donc ce n’est pas un clivage gauche-droite. Les partisans préfèrent parler d’un « problème d’environnement », d’une écologie de l’écriture chargée du traitement des déchets, bouffissures, snobismes et enflures graphiques.
Ogadep : Moi je me sens solidaire des victimes de l’orthographe. Les adversaires de la réforme voudraient consolider l’élitisme ségrégatif.

Sergueï : C’est curieux de t’entendre. Quel glissement dans l’air du temps ! Dès qu’on prononce le mot politique, on se mure dans une écologie, voire un sentimentalisme humaniste aux contours indécis. Bien sûr que l’orthographe est un problème politique ! Le fait que l’État se soit déchargé sur les bicornes pour réglementer ce territoire ne change rien à l’affaire. L’orthographe est une affaire d’État.
Ogadep : Ce serait vrai si le ministre de l’Éducation Nationale imposait ses vues comme il en a le pouvoir. Or, il ne le fait pas.
Sergueï : Et pour cause ! Il entretient un corps de condottieri accentués graves pour cela. Cette réforme, par exemple, a vu le premier ministre monter au créneau pour que l’orthographe se mette au service de la bataille de l’industrialisation informatique, de la traduction automatique par l’ordinateur.
Ogadep : Ce qui prouve que l’Académie ne lui est pas inféodée.
Bunort : Sergueï a raison. Il y a une différence d’appréciation comme il y a eu divergence entre Rocard et Mitterrand sur cette affaire. Mais l’État reste le même avec sa logique. Ici, la logique, est que l’Académie est le rempart de l’orthographe. Si les esprits s’enflamment pour une transcription graphique sans fondement logique, c’est qu’elle recèle des enjeux autres que ceux affichés.
Sergueï : L’enjeu essentiel, c’est la cohérence d’un imaginaire national. Quand, en 1893, Octave Gréard présente à l’Académie un épais rapport de réforme de l’orthographe, son travail est mis à la poubelle. Quand, en 1905, Ferdinand Brunot prend parti pour une « simplification progressive sans violence » [7], il perd la bataille. Plus tard, pouffant de patriotisme, le ministre de l’Instruction Publique de 1923 donnait pour mission à l’enseignement de la langue, comprenant, outre l’orthographe, la grammaire et la littérature classique, de « fortifier l’unité nationale ». Pas étonnant que des gens comme Ferdinand Brunot soient alors accusés de saper les bases de la société. C’était vrai au tout début du vingtième siècle, dans les années vingt comme aujourd’hui.
L’orthographe fait partie du socle idéologique de l’hégémonie culturelle bourgeoise qui, en deux siècles, a façonné les esprits de tout un peuple. L’orthographe sanctionne le rapport imaginaire d’un sujet à sa langue.
Bunort : Ça, c’est indéniable ; Il suffit d’évoquer l’expression « faute d’orthographe ». cette expression montre que le rapport à l’orthographe est surveillé et toujours jugé sur le mode du délit. Le pouvoir entretient ainsi chez le « citoyen » un sentiment de culpabilité à l’égard du code privilégié qu’il institue comme la langue nationale. Et en plus, il le fait sous le couvert de ce qui est nommé langue maternelle… Les mots ont un sens : faute, langue maternelle. Oui, Sergueï, tu n’as pas tort, c’est un rapport affectif au conforme que veut imposer le pouvoir. Le rapport fautif à la langue fait du « citoyen » son sujet puisqu’il pousse ce dernier à reconnaître comme naturelles (maternelle n’est-ce pas) des conventions bureaucratiques d’écriture de la langue.
Sergueï : Tu vois Bunort qu’on peut être d’accord. Le pouvoir confond les édits de norme orthographique et la langue qui elle est en perpétuelle évolution. Du coup la langue comme organe de communication de culture se trouve rabotée, soumise à figement : les édits, lois, ça fige, c’est là pour assurer la conservation, la congélation des usages. Et ça, c’est un appauvrissement linguistique au profit du seul usage bourgeois de la langue.
Dans les années mille-neuf-cent-quatre-vingt-dix, le taux d’écoute des championnats de l’orthographe, lancés par Bernard Pivot et la revue Lire, confirme le caractère idéologique de l’orthographe. L’exercice de la « dictée » est un rituel de reconnaissance de l’ordre dont la fonction est de faire accroire la valeur linguistique de la norme orthographique. La faute emporte avec elle un caractère désapprobatif de la communauté à l’égard du sujet qui la commet. « Faire une faute » devient un acte de désobéissance civile. Écrire renvoie à un acte de foi adressé au pouvoir qui légifère, qui norme, pouvoir d’autant plus intouchable qu’il est pratiquement impossible d’éviter la faute : en 1986, la moyenne des fautes de tous les finalistes du championnat de l’orthographe était de 7 [8]. Ceci démasque bien la fonction politique de l’Académie qui, au dix-septième siècle, se vantait de distinguer par l’orthographe « les gens de lettre des ignorants ».
Bunort : Et les académiciens ne se sont pas privés de compliquer la graphie pour cela.
Voix enfantine hors champ : Je maudis le 8 mai 1673, jour où l’Académie imposa une orthographe unique et obligatoire pour tous, scripteurs et non scripteurs.
Ogadep : Tu entends des voix, Sergueï ? … L’informatique, l’importance des mass-médias, la moindre place des études humanistes et littéraires remettent en question le conservatisme de l’orthographe. Avec André Martinet [9], faisons remarquer que les procédés de reproduction mécanique de la parole rendront sûrement caduc l’enseignement d’une matière d’exceptions. Mais on n’en est pas là. L’oral n’a pas repris ses droits sur l’écrit. La question de l’apprentissage de l’orthographe et celle de le rendre moins pénible et plus effectif se posent. Il fallait une réforme. Celle-ci, même limitée, est une première pierre. L’orthographe phonétique ne passera jamais. L’Alfonic me semble une étape trop compliquée. Il ne faut pas heurter les habitudes.
Bunort : C’est-à-dire, ne pas heurter le pouvoir ? …
Ogadep : L’image qu’un Français se fait de sa langue est une image graphique, c’est celle de l’orthographe. Parce que l’orthographe, c’est une image lettrée de la langue.
Sergueï : Et pourquoi ne pas œuvrer à la libération de cette tyrannie de la lettre ? Hein, pourquoi ? Et puisque cette tyrannie est une tyrannie d’État, il faudrait aussi se libérer de l’État, renverser sa tyrannie qui s’exerce jusque dans l’image des mots qu’on convoque pour penser, pour parler, pour se dire, pour dire...
Ogadep : Soyons sérieux ! Sergueï…
Sergueï : Je le suis !
Ogadep : Tu rêves !
Sergueï : Je vis !
Ogadep : Il y a une chose avec laquelle je suis d’accord avec toi et Bunort : simplifier l’orthographe entraînerait une révision radicale de l’enseignement de la grammaire. Et les enseignants gagneraient beaucoup de temps …
Sergueï : … À ne plus en perdre et en faire perdre aux élèves.
Bunort : Tu ne crois pas, Ogadep, que, si les lettrés et les institutions qui les relaient refusent une réforme radicale, c’est parce que ce serait, de leur part, reconnaître le traumatisme qu’a constitué pour des générations et des générations l’apprentissage, dès le jeune âge, de l’orthographe et de la grammaire ?
Ogadep : Certes, tu n’as pas entièrement tort, puisque l’expérience montre, effectivement que les conventions orthographiques sont à bien des égards contraires aux intérêts des usagers, allant jusqu’à les détourner de l’écriture.
Sergueï : Bunort a raison, c’est sûr. Reconnaître le traumatisme amènerait à remettre en question le dressage des petits Français et à chercher des raisons idéologiques à l’élimination des réticents, des récalcitrants, des dissidents mal favorisés par le système scolaire. L’orthographe, c’est vraiment politique.
Notes
[1] Patrick Tort, « Ouverture », dans Patrick Tort (sous la direction de), Pour Darwin, Paris, PUF, 1997, 1095 p. – pp. 1-2.
[2] Ferdinand Brunot a déjà été rencontré sur le blog https://www.quiero.fr/spip.php?article399
[3] Nina Catach, L’Orthographe, Paris, PUF, 1988, 128 p.
[4] Michel Masson, L’Orthographe, guide pratique de la réforme, préface de J.-C. Barbarant, Paris, Seuil, 1991, 190.
[5] Pour toutes les citations de cette réplique, Ibid. pp. 128-129.
[6] Ibid. pp. 90.
[7] Selon les termes de Maurice Grévisse, Le Bon Usage. Grammaire française avec des remarques sur la langue française d’aujourd’hui, deuxième édition revue, Gembloux, Duculot, 1975, 1322 p. – p. 126.
[8] Henriette Walter, Le Français dans tous ses états, préface de André Martinet, Paris, Robert Laffont, 1988, 384 p., p. 251.
[9] André Martinet, Le Français sans fard, Paris, PUF, 1974, 224 p.
