Observatoire situationniste
Remède à tout
(de la nature exacte de l’aliénation planétaire et de comment y remédier)

vient de paraître
Jaquette de couverture : impression typographique rouge et noire sur Keaykolour lin avec une gravure de Simon Ortner. Intérieur : impression numérique sur papier bouffant. Dos-carré-collé.
144 pages, format 12 x 16,5 cm
ISBN : 2-914363-33-8, 15 euros
- AGENDA
en librairie le 4 novembre 2024
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Sous titré, De la nature exacte de l’aliénation planétaire et de comment y remédier, ce livre observe (c’est-à-dire théorise) à partir des concepts forgés par les situationnistes (spectacle, aliénation, séparation) les symptômes d’une société régie par la valeur et la domination afin de s’en dessaisir.
Cet essai de thérapeutique générale tente de donner à chacun de nous les moyens de refuser l’aliénation spectaculaire.

lutte pour elle-même et prétend s’imposer partout.
Table des matières
Chapitre 1
La question centrale.
Où l’on démontre que :
• Marx a nettement sous-estimé la destructivité du capitalisme.
• Marx a néanmoins correctement estimé l’aliénation.
• À la suite de Marx, les situationnistes ont correctement posé la question centrale.
• La question centrale n’est pas secondaire, quand bien même les questions secondaires sont devenues centrales.
Chapitre 2
La société du spectacle et ses ennemis.
Où l’on démontre que :
• Les situationnistes étaient modérément technophiles.
• La société est avant tout et en dernière instance spectaculaire, et seulement conséquemment techniciste et industrielle.
• Le « coup du monde » n’est rien de technique.
• Ellul aurait mieux fait de devenir situationniste (et ce n’est pas un détail).
Chapitre 3
L’économie n’existe pas.
Où l’on démontre que :
• La valeur, qu’elle soit d’usage, d’échange ou d’autre chose, est le monde moins le monde.
• L’économie est la diversion suprême.
• Lorsque le savoir séparé a tout séparé, l’or s’est couché sur le monde.
• Le travail, c’est capital (et ce n’est pas de la novlangue).
Chapitre 4
L’humanité n’existe toujours pas.
Où l’on démontre que :
• Chacun est tissé de tous les autres sous un motif jamais le même.
• Le temps est une invention des hommes incapables d’aimer.
• Au commencement est l’anarchie.
• La vie doit tout remplacer.
Annexe
• Les aventures du fétichisme.
BON DE COMMANDE
Quiero éditions c/o Marginales, Les Billardes, 04300 Forcalquier.
Chèque à l’ordre de « Marginales - propos périphériques ».
Achat possible en ligne via la librairie John Doe books
(paiement Paypal ou CB + frais de livraison)
DOSSIER DE PRESSE
Remède à tout
- Quatre questions à l’Observatoire situationniste par Quiero - 25 octobre 2024
- Lettre de la Librairie La Rumeur des crêtes - 12 novembre 2024
- « Remède in France » dans les making-of du site D-Fiction - 15 janvier 2025
- Quatre nouvelles questions à l’Observatoire situationniste par Quiero - 31 mars 2025
- « Remède à tout », article de Ernest London sur le blog de la Bibliothèque Fahrenheit - 26 avril 2025
Remède ou poison ?
Un des auteurs de l’Observatoire situationniste a bien voulu répondre à quatre questions sur le livre qui vient de paraître.
Pourquoi ce titre de Remède à tout ?
Pour saluer Gianfranco Sanguinetti (situationniste italien proche de Guy Debord) et contre tout ce qui nous empoisonne l’existence.
Avec ce livre vous remettez en jeu les principaux concepts élaborés par l’Internationale situationniste. Qui étaient les situationnistes et quelles étaient leurs idées ?
Dans les années 60, un groupe de critique radicale, l’internationale situationniste, a mis en lumière une nouvelle dimension de la société capitaliste en la caractérisant comme « société du spectacle » : une société où l’image marchande règne en modélisant et en modelant les comportements. La copie est devenue l’original, la simulation la norme et c’est ainsi que le virtuel est devenu progressivement la seule réalité, à imiter et consommer sans modération.
Cette lucidité qui étonnait à l’époque est devenue notre banalité. Mais du coup, ses fondamentaux ont été oubliés. Remède à tout ramène la vision situationniste au centre de la critique, en l’actualisant et en la prolongeant : « Que sont donc ces vies (…) qui produisent frénétiquement les images de ce qu’ils n’ont pas vécu, dans ces lieux traversés qu’ils n’ont jamais perçus ? »
En tout premier lieu, le texte détruit de fond en comble toutes les catégories capitalistes qui se logent jusque dans la pensée révolutionnaire, chez Marx en particulier, entre autres.
Vous cherchez à prolonger dans le présent la pensée critique de l’Internationale situationniste en revisitant notamment trois concepts élaborés ou utilisés par ce groupe : le spectacle, l’aliénation et la séparation. Cette recherche vous a-t-elle amené à faire de nouveaux constats ?
Le livre renouvelle et approfondit le regard que l’on porte sur l’argent : « l’argent n’a rien fait d’autre qu’envahir, coloniser, remodeler la réalité́ à son image, devenant lui-même image dominante. » Ce qui amène à ce constat essentiel : « Les pauvres ne sont en effet pas pauvres par manque d’argent, mais parce que l’argent qui leur manque leur fait manquer la vie. Le manque d’argent oriente implacablement tous les regards vers les choses et leurs prix.
L’économie est la diversion suprême (…) L’économie n’est rien d’autre que le traité de stratégie militaire qui permet aux riches d’annexer à l’argent l’esprit des hommes. »
Y a-t-il d’autres dimensions qui sont abordées dans ce livre ? Aviez-vous un objectif précis en l’écrivant ?
Il s’agit évidemment de nuire à la société spectaculaire « graduellement d’abord puis brusquement ».
On trouvera dans ce traité d’étonnants développements sur le temps (qui est aussi de l’argent), cette « invention des hommes incapables d’aimer », et comment parvenir à lui échapper.
Comme il s’agit d’un remède, le constat anti-spectacle ne suffit pas, il s’agit de donner l’envie et les moyens de vivre autrement que dans le désert du capital.
Pour cela, l’ouvrage remet au cœur de l’existence la pratique anarchiste, dont il propose une toute nouvelle vision : l’anarchie comme éternel commencement (ce qui n’est pas sans rapport avec la critique du temps).
Enfin, il faut certainement souligner le fait que ce livre n’est pas toujours facile à lire. Comme tout ouvrage théorique, il mobilise l’attention et la réflexion et nous serons heureux de pouvoir échanger avec celles et ceux qui le liront sur toutes ces questions.
Parution le 5 novembre en librairie (avec des interventions prévues dans quelques librairies en Occitanie…), 144 pages, collection « Têtes d’orage », Quiero éditions, 15 euros. Diffusion en librairie : Serendip-livres.
L’Observatoire situationniste anime un blog qui présente l’avancée de leur travail de réflexion et via lequel vous pouvez les contacter : https://observatoiresituationniste.com.
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Contrevenir à la productivité
Alors que les constats de Guy Debord et ses camarades situationnistes ne cessent de s’avérer pertinents, ce court essai propose justement de passer notre présent au crible des concepts de spectacle, de séparation, de fétichisme de la valeur et d’aliénation. Non seulement dépoussiérage de l’héritage situationniste, ce livre précise aussi les contours d’une théorie révolutionnaire de certains aspects désormais centraux de la critique radicale du mode de production capitaliste : technologie, identités, travail aliéné... et propose même un détour, tout aussi inattendu qu’entrainant, par le concept polynésien de fiu (cette inertie naturelle de l’être qui contrevient à la productivité).
Antoine, libraire à La Rumeur des crêtes (à Cadenet dans le Vaucluse)
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Sortir du spectacle global : « remède in France »
Ce livre est le fruit de plusieurs décennies d’observation suivie et passionnée des aventures, des détours et des déboires de la critique radicale.
Nous avons été particulièrement attentifs à assimiler de façon critique les apports de l’Encyclopédie des nuisances, dont nous avons été, pour certains d’entre nous, assez proches.
Ce faisant, nous avons observé comment la pointe critique situationniste – la théorie du spectacle – avait été progressivement reléguée à l’arrière-plan, au profit notamment de la critique anti-industrielle – comme si l’industrie n’était pas au service du spectaculaire !
La théorie du spectacle est devenue une banalité médiatique désamorcée et pour ainsi dire décorative, un circuit court pour tout dire – en fait un court-circuit pour ne rien dire de la misère essentielle des temps spectaculaires – et alors que les progrès de l’aliénation atteignaient leur intensité maximale.
Il y avait donc, à nos yeux, urgence à réactualiser et raviver la critique situationniste, en faisant le pari, quelles que soient les imperfections de notre travail, que les prochaines contestations sociales y reconnaîtraient leurs légitimités.
Nous avons retenu de Debord que la connaissance d’une contestation radicale et centrale de l’ordre et du désordre existants peut suffire, dans les bonnes circonstances historiques, à décider les plus aptes, qui à leur tour motiveront les autres.
Ce Remède vise donc à s’inscrire souterrainement dans l’époque ; une sorte de traitement de fond. Nous l’avons conçu pour qu’il fasse du bien, immédiatement, mais aussi durablement, aux ouvriers bons ou mauvais et aux insurgés de toutes conditions et de tout bord – et du mal à tout ce qui nous empoisonne l’existence.
Après assez peu d’hésitations, nous avons repris un titre qui était projeté par Gianfranco Sanguinetti (dont ne sortira finalement qu’un chapitre, sous le titre « Du terrorisme et de l’État »), qui reprenait lui-même le projet situationniste : « L’I.S devra se définir tôt ou tard comme thérapeutique » (I.S n° 8). C’est encore et aussi un clin d’œil à La Planète malade, texte rédigé́ par Guy Debord pour le n° 13 – jamais paru – de la revue Internationale situationniste.
Nous avons ainsi surtout repris l’intention situationniste essentielle : guérir la vie, ce qui revient exactement à se guérir du spectacle.
Le Remède se présente donc comme un manuel de désaliénation : comment s’évader des comptabilités, de l’emprise du temps en particulier, comment voyager jusqu’à sa singularité, comment se défaire radicalement de toute valeur, etc.
À propos de singularité, celle de ce livre justement, est de ressaisir précisément le mal social et individuel à la racine ; d’établir à nouveaux frais la genèse ontologique de la séparation achevée énoncée par Debord :
L’origine du spectacle est la perte de l’unité du monde, et l’expansion gigantesque du spectacle moderne exprime la totalité de cette perte.
Ce qui le distingue par contre de l’héritage situationniste, c’est d’une part l’absence d’éristique ; pas de polémiques ni d’invectives envers les autres courants critiques, postures qui avaient sans doute parfois leur intérêt du temps de l’I.S, mais que nous trouvons généralement vaines et souvent désastreuses ; d’autre part, contrairement aux situationnistes, notre rapport au temps – auquel nous consacrons un chapitre -, ne consiste pas à vivre « sans temps mort », mais plutôt hors du temps. La « sensation de l’écoulement du temps » a toujours été pour nous très vide.
Un dernier point qui distingue le Remède, mis à part tout ce que nous devons aux situationnistes et mis à part le fait que nos moyens et nos talents sont sans doute beaucoup plus modestes, c’est d’apporter, pensons-nous, une clarification radicale à la fameuse et quelque peu obscure question de la « valeur ».
C’est quelque chose qui ressortira progressivement, à travers l’inscription historique de l’ouvrage et l’attention fine des lectrices et des lecteurs. Pour cela nous avons eu recours, outre une relecture situationniste de Marx, à Nietzsche, Jean-Pierre Voyer ou encore Jean-Luc Nancy, auteurs qui, chacun à sa manière, ouvrent à une compréhension antiéconomique de la valeur.
Là où, en revanche, nous restons dans la stricte obédience de l’esprit situationniste, c’est dans l’usage attentif du détournement – auquel le présent texte ne fait pas exception – et dans la création de situations, dont ce livre est porteur, moyennant encore une fois sa patiente inscription historique.
Pour finir, le Remède est agrémenté de quelques illustrations publicitaires, dont la confrontation au texte révèle assez la spectralité spectaculaire.
Ce monde est peuplé de fantômes s’adressant à leurs ombres, que sont les humains devenus.
Note de l’éditeur :
La forme du livre « papier » dont nous assurons tout ou partie de l’impression ou du façonnage nous semble politiquement nécessaire car elle s’oppose en acte à la profusion des images et à la circulation des idées sur les supports virtuels. La très faible circulation de nos livres passe encore par les sens communs du toucher, de l’amitié, du hasard et de la discussion. Il existe en France des milliers de petites boutiques qui échappent aux tentacules de l’empire Bolloré, aux grands groupes économiques et aux flux tendu de la marchandise… En proposant ce livre dans près d’une centaine de librairies soigneusement choisies par notre diffuseur et en l’inscrivant pour quelques années au catalogue de nos éditions nous laissons aux lectrices et aux lecteurs le temps de faire par eux-mêmes le premier pas vers ce Remède…
Ce Making-of peut aussi se lire sur le site de D-Fiction…
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Le centre est inadmissible
Un des auteurs de l’Observatoire situationniste a bien voulu répondre à quatre nouvelles questions à l’occasion du premier retirage ce printemps 2025 du livre Remède à tout.
Q : Guy Debord affirmait que pour ébranler les fondements d’une société, il fallait présenter une théorie qui en explique les fondements et vise son centre. Il ajoutait que cette théorie ne doit pas apparaître comme fausse mais soit parfaitement inadmissible. Quel est le centre visé par votre livre ?
OS : Quand les colères rencontrent leur intelligence à la racine, elles s’enhardissent. Innombrables sont les motifs de colère contre ce monde, innombrables les angles d’attaque, mais innombrables également les dispositifs de récupérations, émiettements, étouffements, déviations, divisions. On s’accommode, on tergiverse, on trahit, on se déchire, on retourne aux illusions. L’insatisfaction domine tant que la domination satisfait. Et quand la domination insatisfait, on s’en remet aux satisfactions dominantes. Nous visons le cœur du malaise à propos de tout ce qui existe : la spectacularisation de tout partout. Quand les gens en auront la nausée, quand la nausée n’aura plus de repos, le remède apparaitra dans toute sa simplicité : revivre et cela n’a pas de prix.
Q : Remède à tout veut renouer avec les concepts forgés par le groupe situationniste à commencer par le spectacle, l’aliénation et la séparation. En quoi ces concepts permettent-ils un dépassement critique des affrontements militants actuels sur le genre, la décolonisation ou la désindustrialisation ?
OS : Si les militants s’affrontent sur le genre la décolonisation ou la désindustrialisation, c’est qu’ils n’ont pas saisi la nature de l’affront qui nous est fait. Quand ce sera fait, les réponses couleront de source, évidemment meilleures que notre pauvre contribution, pauvre comme l’époque, puisqu’une théorie ne peut être meilleure que son époque.
Les concepts situationnistes – et non les postures- sont le soleil dans les yeux de celles et ceux qui sont sortis de la caverne. L’aliénation divise, la désaliénation réunifie. Quiconque a pris la joie de saisir le cœur de la théorie du spectacle ne verra plus jamais le monde autrement que comme il est : une fiction universelle, une facticité généralisée, la prolifération planétaire du non vivant.
Q : En s’adressant aux étudiants et aux artistes et en dénonçant leur sommeil l’IS a pu se vanter d’avoir été à l’origine des évènements de mai 1968. Comment pensez-vous vous faire entendre du plus grand nombre dans un monde qui semble plongé dans la somnolence des réseaux sociaux et autres distractions égotiques. Avez-vous une stratégie visant un groupe particulier de dormeurs comme l’avait fait avant vous l’IS avec les étudiants ou les artistes ?
OS : Nous ne pensons pas avoir en aucune façon les moyens de nous faire entendre du plus grand nombre.
Dans la ville condamnée, nous cherchons celles et ceux qui bifurquent, qui font un pas de côté, qui respirent la liberté. Ils sont reconnaissables aux vivants, mais invisibles pour les services secrets.
Ceci dit, nous avons quelques idées de ruses à venir, qui auront leur impact, à commencer par la démoralisation des admirateurs des misérables « riches », ces amputés du cœur.
Q : Vous dites dans un article paru sur d-fiction ne pas vouloir utiliser la polémique ou le scandale contre les autres courants critiques et développer un autre rapport au temps et à la jouissance que l’IS. Pouvez-vous développer ce ou ces thèmes et nous dire en quoi ils peuvent être inadmissibles ?
OS : Les polémiques sont une perte de temps qui donnent raison au temps, c’est-à-dire aux règlements de compte, c’est-à-dire au compte, à la comptabilité, qui est la relation dominante à l’existence. Elles ont eu leur mérite et surtout leur utilité lorsqu’il s’agissait de tracer les nouvelles lignes de démarcation entre les idéologies sous perfusion et la nouvelle intelligence de l’époque. Il ne reste que des momies d’idées, et le désert, dont l’oasis. Buvons à ses eaux claires, plutôt que retourner la boue. Jouissons de l’éternité de chaque instant, plutôt que de profiter du temps, qui est toujours le temps du profit.
Le livre est disponible en librairie et en vente directe ici ou chez John Doe.

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Remède à tout
À partir des concepts forgés par les situationnistes (spectacle, aliénation, séparation), ce texte propose une analyse des symptômes d’une société régie par la valeur et la domination. Il encourage à déserter le travail et l’aliénation spectaculaire.
Marx, dans la perspective de l’émancipation du genre humain, a identifié et critiqué la forme dominante et déterminante de l’aliénation des temps modernes : le capitalisme. Depuis, l’argent a gagné tous les esprits, l’économie s’est imposée « et la terre se consume sous les feux de l’artifice ». « La destructivité du capitalisme n’est pas accidentelle, ou périphérique, ou seulement sociale ou seulement écologique ; elle est ontologique ; elle s’étend à tout ce qui touche et transforme l’argent : qu’il s’agisse de la nature ou de l’agir humain. » En même temps, Marx avalise « le rationalisme réductionniste de la science séparée » et « la vision choisifiée de la nature qui en découle », la « chosification dominatrice de l’autre (la nature, les femmes, les travailleurs) et « la “justification“ de son exploitation, au fondement originel de la valeur ». Il place l’aliénation au centre de son étude de la dépossession économique, comme perte de liberté : « Je ne peux posséder qu’en me dépossédant de l’autre et des autres/en dépossédant l’autre et les autres ».
Les situationnistes refusèrent ce monde « résultant de la falsification universelle s’étendant à grande vitesse à toute réalité, falsification qu’ils définirent comme spectacle ». « Le spectacle, ce sont tous les procédés illusionnistes qui transforment les objets, les choses et les situations en marchandises afin de les rendre désirables seulement en tant que marchandises. » Pour échapper à la conscience de sa misère existentielle, le spectateur doit devenir un arriviste, parvenir à « incarner la fausse conscience satisfaite ». Son aliénation relève de la servitude volontaire.
L’observatoire situationniste regrette que depuis 1967, date de parution de La Société du spectacle de Guy Debord, la critique radicale se soit dispersée, analysant les rouages de la fabrication de celle-ci, mais en perdant un point de vue unitaire. « Puisque nous vivons dans la société du spectacle, et qu’elle produit industriellement hypnose, fétichisme, passivité, sur fond de falsification de tout, il est nécessaire de subvertir les normaux ; déstabiliser les bonnes et les fausses consciences, détecter leurs failles et contribuer à aider les regards de ceux qui ont assez dormi à supporter à la fois la poussière laissée par les marchands de sable et la lumière qui cherche encore son siècle. » La « civilisation industrielle » est le moyen de cet asservissement et une société de spectacle durable serait encore plus mensongère. « Le greenwashing fonctionne comme une idéologie, au sens de Marx : ce n’est pas tant un mensonge délibéré qu’un phénomène structurel d’inversion de la réalité dans la conscience commune. »
Les auteurs considèrent et regrettent que « les situationnistes restaient prisonniers du schéma marxiste d’un développement en soi positif des techniques, qu’il s’agissait seulement de libérer d’un asservissement à la domination en les détournant vers un usage créatif maîtrisé par tout un chacun. » Ils précisent toutefois que « ce n’est pas la technique qui aliène, c’est l’aliénation qui s’est équipée techniquement ». Plutôt qu’industrielle, ils soutiennent que cette société est technologique, c’est-à-dire artificielle. Dés lors, le premier démantèlement à mener est celui « du faux en tant que tel dans toutes les têtes ». Citant tour à tour Aristote, Ellul, Mumford, Anders, ils expliquent que le problème est la domination du savoir sur le faire, explorent « le fondement idolâtre de l’idéologie du progrès », suggèrent de freiner « toutes les industries ne répondant pas à des besoins fondamentaux », en attendant de trouver des alternatives non industrielles et de les liquider. Les bases de l’ingénierie des machines subsistantes seraient rendues accessibles à tous, en vue de leur appropriation théorique et pratique.
Le langage du spectacle est également évoqué, « perpétuel éloge de l’image », réduction de l’universalité des significations pour « générer des apartés qui formeront ensuite un vaste apartheid linguistique ». « Cet alignement du langage sur les lois du spectacle rend comique, ou insupportable toute tentative d’entrer dans la nuance et la complexité, ce qui doit achever de mettre l’intelligence au chômage. »
L’observatoire situationniste propose ensuite d’élargir la question de la valeur au-delà du seul angle économique, critiquant l’obstination de Marx à démontrer son lien avec le travail et le scandale de la confiscation de la part de « richesse » produite par le travailleur, alors que « seul l’argent est la valeur ». C’est le commerce qui crée la valeur, aucunement le travail. Le don, « pratique anéconomique », a été remplacé par le commerce qui ne se soucie que de ses intérêts, aliénant les choses, les êtres et leurs relations. « L’essence de l’argent est l’annexion du monde par les riches » car si l’eau devient rare, ceux-ci croient avoir légitimement le droit, parce qu’ils la payent, d’en posséder, d’en user, d’en abuser. « La légitimité est tout entière annexée par la légalité économique. »
La révolution se fera par l’instauration naturelle de la grève sauvage : « Pour que la joie demeure et soit partagée […] nous n’iront plus au chagrin. »
Les auteurs dénoncent également « un certain essentialisme » qui, sous prétexte de libération des « hommes » et des « femmes » des stéréotypes, les enferme dans leur détermination biologique. Si celle-ci ne peut pas déterminer « ce que nous ressentons », elle ne peut pas non plus nier la dimension biologique. Pour être en accord avec sa totalité, il faut « s’accorder à soi à travers un périple d’émancipation personnelle radicale », de tous les stéréotypes, échapper aux rôles que cette société impose, à « la prégnance de l’apparence sur la construction identitaire ».
L’absence de domination permettra à l’anarchie de refleurir. « L’anarchie n’est rien d’autre que la nostalgie tournée vers le présent de la vie qui recommence à chaque instant. »
Salutaire expérience de réactualisation des outils conceptuels pour armer les esprits critiques.
Ernest London,
Le bibliothécaire-armurier
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