Entre ordre et désordre, petit dictionnaire du chahut

octobre 2025

Le chahut renseigne sur l’ordre scolaire et l’interprétation du chahut éclaire les rapports qui se nouent entre l’institution, les personnels, les élèves et les parents.

Liste des termes du dictionnaire

Plus spécifiquement, le chahut met en avant la représentation que se fait l’enseignant de sa fonction (lire le billet de septembre 2025) et la représentation que se font les élèves de l’ordre et de ses fissures. La forme du dictionnaire nous guidera pour pénétrer dans cette réalité.


Autoritaire
C’est le modèle social dominant prévalant dans le milieu enseignant en ce qui concerne le rapport enseignant - élève. Si je suis chahuté, c’est parce que je n’ai pas su imposer mon autorité. Je ne suis pas assez autoritaire.
On peut raisonnablement penser que ce modèle s’appuie sur l’imitation du modèle hiérarchique bureaucratique (de l’organisation éducative et des institutions) dont de nombreux chefs d’établissement sont une caricature. Se vivant comme les garants de l’ordre ils se distinguent par leur appétit à donner des ordres et à contraindre les volontés individuelles ou collectives cherchant l’élargissement intellectuel et professionnel.


Autorité/soumission
Dans l’imagerie commune, le bon professeur est celui qui a de l’autorité, voire qui est autoritaire. Selon les dictionnaires est autoritaire celui « qui impose son pouvoir d’une manière absolue / qui ne tolère pas l’opposition ni la contradiction / c’est le pouvoir de commander / c’est le pouvoir du droit à diriger » ; et « L’autorité est l’influence qui s’impose aux autres ».
À une époque où la fonction enseignante est méprisée par la société, cette dernière définition tombe en désuétude. Et on sait que les enfants reproduisent souvent les jugements sociaux stéréotypés. Le chahut serait donc lié à un imaginaire collectif qui a retiré, au corps enseignant, toute reconnaissance par la société et donc toute autorité sociale.
Quand elle évoque le travail enseignant, l’opinion commune parle de « la tenue de la classe » mais l’idée de l’autorité comme « personne dont les jugements sont admis comme vrais » ne lui est pas appliquée. Or, c’est sur le terrain de l’autorité de la personne que le chahut se situe. On peut comprendre, dès lors que la question du chahut verse dans un impensé du côté de l’opinion publique et ce d’autant plus qu’il est le refoulé majeur de l’institution scolaire (voir l’entrée Coupable).
L’autorité dans la conception institutionnelle scolaire fonctionne en couple avec la soumission. L’une et l’autre se présupposent, s’entraînent, se font la cour. Est soumis celui ou celle qui renonce à son statut de sujet politique responsable. La plus exemplaire illustration de ce phénomène est livrée par l’expression « Je suis fonctionnaire, je fonctionne » où le sujet se replie derrière l’autorité qu’il reconnaît comme seule apte à faire des choix, à livrer un jugement sur le monde ; où le sujet se dessaisit de lui-même au profit de la chaîne hiérarchique dans laquelle il est un maillon. Si Gérard Mendel a très bien dépeint cette attitude, Lourau la définit à la perfection en écrivant que « ce renoncement marque le triomphe de l’Etat inconscient ».


Classe
C’est le cadre déterminant du chahut. On pourrait presque dire que sans classe pas de chahut, ce qui signifierait la nécessité de penser autrement les regroupements d’élèves dans les cours. (voir l’entrée Outils contre le chahut).


Classe, groupe, chahut
Il y a une contradiction du système éducatif qui demande à l’élève de participer de façon constructive à la classe en déployant ses efforts pour qu’elle se constitue en groupe de travail homogène, collectivement efficace. Or, les notes, les classements, les mentions (félicitations, encouragements, etc.), les comparaisons vidéo-projetées des résultats en conseil de classe, la composition des classes par le biais des options ou des projets, instituent la compétition au cœur du système éducatif. On voudrait que les élèves « coopèrent » (terme délicieux quand on connaît la répression dont les conceptions pédagogiques coopératives sont l’objet) c’est-à-dire, dans le langage hiérarchique, collaborent à l’ordre de la classe alors que, justement, y collaborer suppose de se démarquer, de se distinguer en écrasant les autres, en arrivant premier. Tout est fait dans ce sens individualiste et anti-collectif ; il suffit de penser à la vogue officielle des projets personnels et professionnels individuels par lesquels on suggère à l’individu ses désirs d’avenir !


Classe difficile
On appelle classe difficile une classe où la négociation entre l’enseignant et les élèves voire entre les élèves, se renégocie au jour le jour, d’heure en heure, parfois, de façon explicite.


Coopération
La classe coopérative possède une réponse institutionnelle au chahut, c’est le conseil coopératif. Mais cela signifie que les élèves ont un réel pouvoir de négociation, non pas seulement au niveau de la classe mais au niveau de l’établissement. C’est une situation qui n’existe que dans de très rares écoles et, encore plus rares, établissements secondaires.
La coopération ne peut être envisagée aujourd’hui sans l’apport de la pédagogie institutionnelle qui a centré nombre de ses études sur l’inconscient dans la classe et s’est intéressée aux phénomènes de groupes dans l’école.


Coupable
L’institution, parfois les enseignants eux-mêmes, cherchent toujours à désigner des coupables. Or, le chahut est par définition une manifestation collective. Donc, désigner un coupable, c’est une manière d’éviter de parler du chahut de classe voire du chahut d’établissement. Pourquoi cet évitement ? Parce qu’une classe n’est pas plus sanctionnable qu’un établissement (voir l’entrée Autorité/soumission).


Culpabilité
L’Institution culpabilise l’enseignant chahuté. Par-là, elle le détache du corps institutionnel, ce qui le fragilise. Cela vient d’une vision très classique. La « faute » incombe au seul enseignant. Des parents s’engouffrent dans ce créneau interprétatif : leur enfant est bon, si ça dérape c’est que l’enseignant est mauvais. Si l’enseignant reste enfermé dans cette conception, l’angoisse ne peut que croître en lui car le discours social enferme le phénomène du chahut dans les limites étroites d’une dimension purement individuelle.


Sept définitions du chahut
1- Le chahut est un « phénomène collectif, se produisant au niveau de la classe, ridiculisant l’autorité du maître et présentant des caractères organisés voire ritualisés » [1].
2- Le chahut est un lien social maintenu avec l’école contrairement « aux formes extrêmes de déviance » [2].
3- Le chahut est un « analyseur majeur de la crise » de l’école c’est-à-dire de la crise du lien social à et par l’école
4- Le chahut est la négation de l’apprentissage et de l’enseignement. En effet, le conflit de l’enseignant avec les élèves qui ont provoqué le chahut ou bien le conflit des élèves avec l’enseignant dont les attitudes ont coalisé des chahuteurs, est impossible à résoudre en termes d’enseignement et d’apprentissage. Le chahut signifie une situation d’impasse. Les élèves y développent des stratégies dénégatrices de toute situation d’apprentissage ; l’enseignant ou l’enseignante y fuit dans des marges laissées à sa parole pour « faire le programme » synonyme, pour l’institution, d’enseigner.
5- Du point de vue des élèves, le chahut est « le résultat de la construction solidaire d’une réalité scolaire » [3]. Par-là, le chahut peut se solidariser avec l’institution contre l’enseignant. Il y a juste collusion entre le jeu du chahut (élèves) et le refoulement (institution).
6- Le chahut est un carnaval qui met l’autorité sens dessus dessous. Mais contrairement au carnaval qui, dans les sociétés traditionnelles, est ritualisé, le chahut scolaire ne l’est pas. C’est pourquoi il peut glisser et dégénérer. S’il soude, dans le meilleur des cas, les élèves, il ne soude pas la classe dans toutes ses composantes puisque l’enseignant est vilipendé. Son autorité est sapée, certes. Mais le pouvoir institutionnel ne l’est pas directement puisque le chahut ne s’attaque pas frontalement à l’autorité institutionnelle supérieure régissant la vie de l’établissement (même si, par contrecoup, celle-ci peut être affectée).
7- Relève du chahut « toute manifestation collective de nature à troubler volontairement l’ordre et les rapports traditionnels entre élèves et éducateurs, rapports qui sont définis par les textes administratifs et l’usage » [4].


Déni
Ces sept définitions croisent la notion du secret (voir l’entrée Secret) qui porte sur le déni de la violence. Presque dans tous les cas, l’institution fait semblant, elle refuse de voir ce qu’elle engendre comme violence et pressions sur les élèves. (voir l’entrée Violence) C’est pour cela qu’elle fait du chahut une question individuelle propre à l’enseignante ou à l’enseignant. Les élèves et les parents qui s’en prennent au professeur font de même, d’où la collusion évoquée par la définition n°5 (voir l’entrée Définitions). L’institution refuse de reconnaître que les cours, où fait irruption le chahut, sont des espaces pareils à des soupapes de sécurité. Elle sait très bien que le chahut est au fond une mise en cause de son fonctionnement, mais elle ne veut pas l’admettre. Pire, pour elle, en tant qu’institution, la fonction du chahut est salutaire, à condition qu’il soit contenu, c’est-à-dire qu’il ne se propage à aucun autre cours ni à aucun autre enseignant. Pour les hiérarchies (directions d’école, chefs d’établissement, inspection départementale, inspection académique, rectorat), individualiser le chahut, c’est mettre à l’ombre le collectif et soustraire l’institution à sa critique en acte qui sous-tend le chahut (voir l’entrée Isolement, solitude, confinement).
Mais le déni est aussi celui des enseignants envers le chahut qui s’installe dans leur cours. Or, si les enseignants travaillaient collectivement sans toutes ces hiérarchies installées entre eux (la fameuse hiérarchie intermédiaire), alors ils pourraient poser la question des conflits dans la classe et de la résolution des conflits, ils débattraient, sans sortir du cadre pédagogique, de la question, c’est-à-dire aussi de la régulation des relations humaines dans l’établissement. En effet, il est important de rester sur son terrain professionnel : l’enseignant enseigne à des élèves et donc gère un groupe d’élèves, il gère les rapports que les élèves entretiennent entre eux et avec lui, il entretient un rapport avec chacun des élèves et un rapport avec le groupe, il est à l’initiative de ces rapports à travers des dispositifs qu’il met en place : soit des dispositifs inscrits dans l’institution, comme l’heure de vie de classe soit des dispositifs non reconnus par l’institution comme par exemple, assemblée générale, conseil coopératif, etc., dispositifs qui peuvent ensuite être pris en charge par la classe et les élèves, mais qui dépendent en début d’année de l’initiative de l’enseignant.


Équilibre
La classe peut être analysée comme le fruit d’un équilibre. Cet équilibre est renouvelé de cours en cours. Cet équilibre peut se rompre et on entre dans le chahut. Chaque enseignant dans sa classe crée du consensus sur sa manière de faire cours, de développer son cours, sur la méthode de travail. Quand on approche d’une situation de chahut, ce consensus se révèle fragile. L’enseignant, alors, est amené à négocier.
Les situations de déséquilibre sont une souffrance pour l’enseignant, parfois, aussi, pour la classe (cela dépend de l’origine du chahut : élèves concertés, jeu non maîtrisé, provocation agressive de l’enseignant, etc.).


Face à face
C’est la situation clé, reproduite en boucle par les discours de l’autorité et du milieu enseignant et des parents comme des élèves : l’enseignant est face à ses élèves dans la classe. Or ce face à face est un leurre puisque l’enseignant et la classe entière réunie avec l’enseignant ne sont qu’un lieu à un moment donné au sein de l’institution d’éducation. Le face à face est donc lié à l’individualisation des situations de chahut par l’institution et une majorité des acteurs de l’éducation (voir l’entrée Isolement, solitude, confinement).


Historique
Le terme chahut apparaît en 1821. Il désigne une danse obscène. Le mot a peut-être un lien avec le chat-huant, grand séducteur nocturne et grand dévoreur de hulottes.
1840 : le mot apparaît dans le vocabulaire des élèves.
1930 ; le mot fait son apparition dans la recherche pédagogique.


Immobilité
La règle scolaire, surtout dans le secondaire, impose au corps de chaque élève de rester immobile pendant 5 à 7/8 heures par jour. C’est une situation qui engendre de l’agressivité. Celle-ci cherche ensuite à s’exprimer dans les bagarres, les dégradations matérielles, les insultes verbales et le chahut. Le chahut n’est donc qu’un versant du désordre scolaire généré par l’institution scolaire elle-même.


Insolence
L’insolence, c’est ce dont on n’a pas l’habitude.


Intentionnalité du chahut

Le chahut ludique
Certains chercheurs parlent de chahut ludique. Il s’agit de l’irruption d’une liberté de comportement (un jeu) dans un contexte où celui-ci est interdit. Cette situation entraîne une désacralisation de la place de l’adulte. Il y a donc, ici, chahut, parce qu’il y a jeu contre quelque chose ou quelqu’un. Il y a insolence. (voir juste au-dessus l’entrée Insolence)
Mais dans le chahut ludique, l’élève accepte la sanction et la règle. Il transgresse sciemment un interdit mais ne cherche pas à remettre en question l’ordre institutionnel. Dans ce cas, les avis des cadres institutionnels s’opposent à ceux de l’enseignant car si l’autorité de ce dernier est flétrie, celle de l’institution est indemne. On peut d’ailleurs noter qu’ainsi la solidarité hiérarchique n’existe pas puisque la hiérarchie d’autorité ne bouge que pour les chahuts la mettant effectivement en cause.
Dans ce cas de figure, la résolution par l’apprentissage et l’enseignement est encore possible. La négociation pour rétablir le consensus est nécessaire (voir l’entrée Équilibre).

Le chahut caractérisé
Ce chahut porte sur le professeur dont il est dit qu’il « manque d’autorité », qu’il « ne sait pas se faire respecter », qu’il est « faible ». Dans ce cas, le chahut est synonyme de mépris et signifie « t’es un pauvre mec (une pauvre femme), t’as peur de nous ». La dimension institutionnelle accrochée à la fonction d’enseignement disparaît. Mais, parfois, c’est une brèche ouverte par les élèves pour critiquer à distance l’institution. Comme celle-ci reste sourde au chahut développé avec cet enseignant, la situation est sans fin et le chahut de plus en plus caractérisé.
Le chahut peut porter, aussi, sur le professeur jugé trop sévère lors d’une rupture de l’équilibre (voir l’entrée Équilibre). Dans ce cas, la dimension institutionnelle accrochée à la fonction d’enseignant est davantage touchée.
Ce qui identifie le chahut caractérisé, c’est la propension à chercher à éliminer l’enseignant, à le pousser à bout, à le faire craquer, dimensions absentes du chahut ludique.

Le chahut endémique
Il s’agit d’un chahut où les élèves ne croient plus ou pas à l’école et dénoncent, par leur refus de collaboration à ses règles, la logique sociale de reproduction qu’elle renferme. Si dans les deux cas précédents il y a encore dialogue avec l’école, ici, le dialogue est rompu, l’enseignement et l’apprentissage scolaire sont mis au ban du devenir car les élèves pensent leur avenir en négatif des valeurs scolaires.


Isolement, solitude, confinement
La plupart des interprétations du chahut renvoient l’enseignant à lui-même. Or, c’est oublier les processus institutionnels à l’œuvre autour de lui et dont il n’est qu’un maillon (groupe des enseignants, surveillants, direction de la vie scolaire, direction d’autorité, élèves, classes, parents, personnels administratifs, personnels ouvriers, personnels de service).
Tels élèves mettent le chahut par souffrance scolaire, par révolte, par amusement… Circonscrire le chahut à l’enseignant chahuté, c’est dédouaner un peu vite l’institution dont le règlement intérieur est inefficace (punitions, colles, remarques sur le carnet de liaison, etc.). Bien souvent, au contraire, les mesures, sensées limiter le chahut, s’emballent (exclusions temporaires de diverses formes, colles, carnet de liaison plein à craquer, etc.).
Ce que l’isolement ne permet pas c’est d’accéder à la dimension institutionnelle du chahut. Il ne s’agit pas du tout de dire que l’enseignant n’est pour rien (voir l’entrée Intentionnalité du chahut), mais de situer l’enseignant comme un acteur parmi d’autres et de souligner que c’est avec l’ensemble de l’institution qu’il s’agit de réagir.
Ces dimensions institutionnelles sont bien connues mais elles sont traitées indépendamment les unes des autres : composition des classes, présence substantielle ou absence de dispositifs d’aide pour les élèves en difficulté, effectifs par classe, place faite à l’étude, rôle dévolu à la documentation (non pas une étude bis mais un lieu de libre documentation et de recherche), nombre de postes de surveillants, d’enseignants, de personnels administratifs, techniciens, ouvriers, de service, présence d’un médecin, d’une infirmière, de l’assistante sociale…


Ordre
On dit que l’ordre dans la classe émane de l’enseignant, qu’il est assuré par lui. Mais l’ordre de l’établissement dans lequel se trouve la classe est institué selon un ordre hiérarchique. Par quel miracle laïque le chef d’établissement trouverait intérêt à ne pas être responsable de l’ordre de son établissement et de chacune des entités qui le composent ?


Outils contre le chahut
Il n’y a pas d’outil contre le chahut, mais il y a des voies qui facilitent la régulation des rapports dans la classe.
— La pédagogie coopérative et la pédagogie institutionnelle offrent des techniques de classes et des méthodes d’enseignement qui donnent des instruments pour comprendre les relations dans la classe, pour réguler ces relations. Elles ne peuvent être véritablement efficaces que si l’ensemble de l’établissement s’appuie sur elles.
La psychologie de groupe devrait faire partie de la formation professionnelle, initiale et continue, des enseignants.
— À l’heure du tout NTCI (Nouvelles Techniques de Communication et d’Information) [5], il est urgent de remettre la pédagogie au centre de la réflexion, en tant qu’elle porte sur le rapport instauré entre l’enseignant, les élèves et les savoirs, au sein d’une classe et au sein d’un établissement. Cette position est renforcée par l’évolution de la didactique générale qui penche vers une pédagogie générale malgré les querelles qui les opposent.
— Un engagement à la transparence de la part de la direction est aussi nécessaire. Celle-ci, au lieu de conserver par devers elle des doléances de parents à l’encontre d’un enseignant devrait en informer celui-ci car c’est quand même lui qui fait cours, instruit et transmet les savoirs. Si les chefs d’établissement préfèrent opérer dans l’opacité, c’est pour le pouvoir sur les personnels que cela leur donne : « vous savez, j’ai reçu des lettres de parents vous passerez dans mon bureau ». Ce type de remarque maintes fois entendues lors de témoignages aux quatre coins de la France, et lors de l’instruction de défense syndicale d’enseignants et d’enseignantes, en dit long sur la jouissance du pouvoir que procure à ces gradés la possession d’une information à eux seuls transmise. L’adage de la critique pédagogique, le pouvoir, c’est le savoir, y est parfaitement vérifié.
— Diminuer les effectifs par classe
— Repenser l’architecture scolaire pour créer des lieux d’expression des élèves
— Introduire les droits de l’enfant dans les écoles, aux collèges et aux lycées. Les collèges, en particulier, sont les lieux institutionnels où les élèves sont privés de tout droit réel sur leur vie et soumis à une surveillance démultipliée.
— Outil d’accompagnement : des groupes de libre parole pour les enseignants sans représentant de la hiérarchie ; liberté pédagogique reconnue aux enseignants et non restreinte comme cela l’est devenu avec les contraintes imposées par les projets d’établissement d’essence purement administrative ; analyse collective des sanctions (bilan sur les heures de colle, comparaison des sanctions en fonction des faits les ayant motivées) ; analyse collective des agressions verbales.
— Outil de résolution : une autre logique d’établissement doit faire l’objet d’un enjeu syndical pour être portée, de manière autonome, par les personnels – tous, et pas seulement ceux appartenant au corps enseignant.
— Refus des travaux d’intérêt général (nettoyer la cour, balayer etc.) là où ils se pratiquent et qui sont le signe d’un profond mépris pour les personnels agents de service qui assurent le bien être dans les établissements : leur profession n’est pas celle d’agents et d’agentes punis, mais de travailleuses et travailleurs professionnels membres de la communauté éducative.


Respect
Le chahut se développe avec le professeur dont il est dit qu’il manque d’autorité, qu’il « ne sait pas se faire respecter ». Cette phrase est courante dès les petites classes du collège, ce qui montre combien, le chahut procède d’une dimension de transmission entre classes, entre générations ou groupes d’âges.
Bien que le respect soit aux antipodes de l’obéissance, bien qu’il n’ait rien à voir avec l’autorité qui est une notion qui se pense à partir du mode de l’injonctif, donc de l’obéissance, la notion de respect est, à l’école, confondue avec l’autorité définie comme aptitude à être obéi. Pourtant dépourvue d’argument de raison, cette conception est sans cesse ressassée. Aussi, le chahut, sourdement, met en branle des représentations communes stéréotypées. Il serait alors une réponse à ce qui œuvre à contre-pied de la stéréotypie.


Se faire respecter, être respecté
Ces deux expressions sont une mauvaise entrée dans le problème du chahut. En effet, nous sommes dans une situation scolaire et ce qui n’est pas respecté, c’est le savoir, la connaissance. L’enseignant est attaqué sur sa fonction faire acquérir, faire construire, transmettre des savoirs, des connaissances pour élargir l’horizon culturel des élèves. Le chahut met d’abord en cause cette fonction d’apport de connaissances, de méthodes d’accès aux savoirs. A travers le chahut, il y a non-respect de cette fonction centrale de l’enseignant et donc non reconnaissance des savoirs comme but de l’école [6].
Ici, le chahut se fait plus profond puisqu’il y a négation de l’enseignant dans son identité professionnelle. Or, tout ce qui attaque cette identité doit être combattu pour ne pas multiplier les occasions – justifications de chahut des élèves, des classes.
Quand l’école dévalorise les savoirs pour privilégier les compétences, quand elle entreprend de substituer aux diplômes les certifications, quand la déprofessionnalisation du métier se met en place par le biais d’évaluations hors du champ des savoirs disciplinaires (un des piliers de la définition même du métier d’enseignant), quand ainsi l’enseignant devient, malheureusement souvent de son plein gré, un factotum institutionnel, alors sa fonction est méprisée. Les pratiques mises en place par l’Institution sapent l’influence sociale que pourrait avoir le médiateur constructeur des savoirs auprès des jeunes générations.


Secret
Le fonctionnement scolaire incite au secret pour ce qui se passe dans la classe.
La classe est une boîte noire. Il s’agit, pour l’Institution, de circonscrire la perturbation scolaire ce qui représente, pour elle, un gain d’énergie et de temps. Si rien ne sort de la boîte noire, si la boîte noire reste close, alors la preuve est faite que l’enseignant tient sa classe, la contient dans sa classe. La boîte conservera ses données en elle-même. Mais en fait, le secret empêche l’analyse.

Secret hiérarchique
Il permet aux parents d’agir sous la forme de dénonciation quasi anonyme, voire anonymée [7]. En ne révélant pas les auteurs des confidences à l’enseignant concerné mais en lui susurrant la teneur des confidences à son encontre, le chef d’établissement jouit de son pouvoir contre un subordonné (voir Outils contre le chahut). Or, cette attitude ne fait que fragiliser un peu plus l’enseignant.

Ne pas faire de vagues
À l’heure des palmarès des établissements scolaires, à l’heure où le classement des écoles est un sport adulé par les familles, il faut savoir que le critère de classement qui arrive en tête est la discipline.


Violence
La violence est constitutive du chahut. C’est une violence symbolique dans le chahut ludique, une violence symbolique visant à détruire dans le chahut caractérisé, et une violence sociale directe dans le cas du chahut endémique.
Si le chahut concerne en priorité un dérèglement de la relation enseignant / groupe classe, il existe à l’intérieur des dimensions diverses : violences entre élèves, violences d’élèves à professeur ou de professeur à élèves, rôle des insolences verbales.

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Sources :

  • Boumard Patrick, Marchat Jean-François, Chahuts. Ordre et désordre dans l’institution éducative, Paris, Armand Colin, 1993, 111 p. Cet ouvrage est la source principale de la réflexion ci-dessus et des citations indiquées : pages 13-51-99-110.
  • Baillon Robert, La Bonne école, Paris, Hatier, 1991, 260 p.
  • Cambronne-Desvignes, Chantal, Le Chahut, Bordeaux, Le Bord de l’eau, 2001, 94 p.
  • Lapassade Georges, Guerre et paix dans la classe, Paris, Armand Colin, 1993, 63 p.
  • Lourau René, L’État inconscient, Paris, éditions de Minuit,1978, 224 p.
  • Mendel Gérard, Pour Décoloniser l’enfant, Paris, Payot 1971, 266 p.


Termes du dictionnaire :

*- Autoritaire
*- Autorité/soumission
*- Classe
*- Classe, groupe, chahut
*- Classe difficile
*- Coopération
*- Coupable
*- Culpabilité
*- Sept définitions du chahut
*- Déni
*- Équilibre
*- Face à face
*- Historique
*- Immobilité
*- Insolence
*- Intentionnalité du chahut
*- Le chahut ludique
*- Le chahut caractérisé
*- Le chahut endémique
*- Isolement, solitude, confinement
*- Ordre
*- Outils contre le chahut
*- Respect
*- Se faire respecter, être respecté
*- Secret
*- Secret hiérarchique
*- Ne pas faire de vagues
*- Violence


Notes

[1Boumard Patrick, Marchat Jean-François, Chahuts. Ordre et désordre dans l’institution éducative, Paris, Armand Colin, 1993, p.13.

[2Boumard Patrick, Marchat Jean-François, Ibid., p.110.

[3Boumard Patrick, Marchat Jean-François, Ibid., p.99.

[4Boumard Patrick, Marchat Jean-François, Ibid., p.51.

[5Voir le blog L’organisation de la cyberdépendance. L’assujettissement par le déterminisme technique, https://www.quiero.fr/spip.php?article357

[6Nous laissons de côté, ici, la question de la critique des savoirs qui est intimement liée à celle de la définition des savoirs et à celle des méthodes d’apprentissage pour les construire.

[7Lire un exemple dans Geneste, Philippe, Le Travail de l’école : contribution à une critique prolétarienne de l’éducation. Genèse de l’éducation hiérarchique, Chambéry, CNFEDS – Université Savoie Mont Blanc, 2017, 270 p.– pp. 196-224.